Présentation du premier Plan Naitonal Antibiotiques 2018-2022 (PNA)

En date du 6 mars 2018, les ministres Lydia Mutsch et Fernand Etgen ont présenté le premier Plan National Antibiotiques 2018-2022 (PNA). L’objectif général de ce plan est de réduire l’émergence, le développement et la transmission des résistances aux antibiotiques au Luxembourg, à travers une approche « One Health », pour assurer une participation intégrée de tous les secteurs pertinents, y compris la santé humaine et animale, l'agriculture, l'environnement, les consommateurs et la recherche.

Comme l’ont souligné les ministres Lydia Mutsch et Fernand Etgen: « Il est essentiel que chacun contribue de son côté à apporter une solution à cette problématique en appliquant le principe d’une utilisation raisonnée des antibiotiques. »

Le PNA s’avère d’autant plus important que la résistance aux antibiotiques, une des plus grandes menaces pour la santé publique en Europe et au niveau mondial, est imputable au mésusage de cette catégorie de médicaments. En effet, le recours massif aux antibiotiques dans la médecine humaine et vétérinaire ces dernières années, a accéléré considérablement le développement des résistances bactériennes. Ainsi, un nombre croissant d’infections deviennent de plus en plus difficiles à traiter, les antibiotiques perdant leur efficacité.

Les conséquences de ce défi sanitaire sont particulièrement alarmantes aussi bien au niveau de la santé humaine et animale, qu’au niveau économique : prolongation des hospitalisations, augmentation des dépenses médicales, risque accru d’effets indésirables lié au recours à plusieurs et/ou anciens antibiotiques, impasses thérapeutiques etc., et une hausse de la mortalité.

« Avec le phénomène croissant des résistances multiples aux antibiotiques, nous risquons un retour à l’ère pré-antibiotiques. Les greffes d’organes, la chimiothérapie anticancéreuse, les soins intensifs et d’autres interventions médicales ne seraient alors plus possibles. Les maladies causées par des bactéries se propageraient et ne pourraient plus être traitées, ce qui pourrait être mortel », a rappelé Lydia Mutsch.

On estime qu’en Europe, 25.000 personnes meurent chaque année suite à des infections associées aux soins ou des infections communautaires causées par des bactéries multirésistantes. Au niveau mondial, ce chiffre pourrait atteindre 10 millions en 2050. La résistance aux antibiotiques a également des conséquences économiques. L’Union européenne estime à 1,5 milliards d’euros par an le coût des soins de santé et des pertes de productivité dues à la résistance aux antibiotiques.

« Dans le but d’une utilisation raisonnée des antibiotiques en médecine vétérinaire au Luxembourg plusieurs actions seront à développer dans le futur, telles que l’établissement de statistiques fiables de l’utilisation effective des antibiotiques au niveau des élevages, la mise en place d’une biosécurité élevée au niveau des élevages ou encore le recours à des vaccins disponibles pour certaines pathologies en élevage animal », a précisé Fernand Etgen, ministre de l’Agriculture, de la Viticulture et de la Protection des consommateurs.

Le Plan National Antibiotiques 2018-2022

Suite à cette situation alarmante, le Luxembourg a entamé les travaux en vue d’un Plan National Antibiotiques au début de l’année 2017. L’élaboration du Plan National Antibiotiques 2018-2022 (PNA) a été supervisée par les ministères de la Santé et de l’Agriculture, de la Viticulture et de la Protection des consommateurs avec la contribution du ministère de l’Environnement, chacun pour les domaines les concernant.

Un comité de pilotage multidisciplinaire et multisectoriel a été créé afin de coordonner l’élaboration du PNA. Différents groupes de travail ont ensuite déterminé les mesures prioritaires et les activités à mettre en place dans le cadre du plan.

Les objectifs, mesures et activités à mettre en place dans le cadre du Plan National Antibiotiques, ont été développés autour de différents axes stratégiques : gouvernance ; prévention, éducation et communication ; traitement et diagnostic ; surveillance et recherche.

L’ensemble des actions du plan seront évaluées selon des indicateurs de résultats définies dans le plan. De plus, une évaluation externe sera menée à la fin de la mise en place du plan. 

Le Luxembourg note des progrès, même si des efforts restent à faire.

Au Luxembourg, la consommation élevée d’antibiotiques en traitement ambulatoire a pu être réduite significativement les deux dernières années (7%). Une nette diminution est également notée dans le secteur hospitalier. En outre, les campagnes d’information ont contribué à une meilleure compréhension du public face à cette question. La consommation et les prescriptions d’antibiotiques ont pu enregistrer une baisse légère mais significative à partir des années consécutives 2014-2016, de l’ordre de 10 %.

Mais des efforts et des progrès doivent encore être faits, car la consommation demeure à un niveau élevé, avec d’importantes variations saisonnières, dont une hausse importante durant les mois d’hiver. Dans le classement européen, le Luxembourg occupe le 7e rang parmi 30 pays participants, en matière de consommation d’antibiotiques.

« Ceci explique pourquoi l’usage prudent des antibiotiques, l’application de programmes sévères de contrôle et de prévention des infections, ainsi que le respect strict des règles d’hygiène classiques sont si importants », note Lydia Mutsch.

En parallèle, l’Administration des services vétérinaires travaille à l’élaboration d’une base de données regroupant les consommations d’antibiotiques pour les animaux d’élevage pour l’ensemble des exploitations au Luxembourg. En plus de la surveillance de la consommation d’antibiotiques, le laboratoire de médecine vétérinaire réalise régulièrement des analyses sur la présence d’antibiotiques et de germes résistants aux antibiotiques au niveau des animaux et dans les denrées alimentaires d’origine animale.

« En santé animale, les vétérinaires sont dans l’obligation de garder un registre des médicaments prescrits pour chacune des exploitations et un registre des médicaments est obligatoirement tenu au niveau de chaque exploitation. De plus, en accord avec la réglementation européenne, il est interdit d’utiliser des additifs antibiotiques à effet facteur de croissance dans les aliments pour animaux au Luxembourg depuis 2006. » a expliqué Fernand Etgen.

Le ministère de l’Agriculture participe au réseau européen de surveillance de la consommation d’antibiotiques dans le milieu vétérinaire (ESVAC-net) et au groupe de travail de la Commission Européenne traitant du sujet.

  • Dernière modification le 06-03-2018