Endométriose

Définition

L’endométriose est une maladie gynécologique répandue. Pourtant peu de femmes connaissent cette maladie dont les douleurs chroniques finissent par avoir un impact inévitable sur leur quotidien, leur travail, leur vie sociale, leur vie affective et leur vie reproductive. 

Cette maladie se manifeste, dans la plupart des cas, par des douleurs importantes dans le bas-ventre, des règles abondantes et douloureuses, des douleurs lors des rapports sexuels, des saignements, des difficultés à uriner,…  

Trop souvent ces signes sont sous-évalués par les femmes. Cette négligence fait qu’on détecte trop tardivement cette maladie. 

Cette maladie évolue généralement en s’aggravant et diminue les chances d’avoir un enfant. Plus elle sera diagnostiquée tôt, plus son traitement sera efficace.

Une maladie hormono-dépendante

L’endométriose est une maladie gynécologique qui touche les femmes en âge d’avoir des enfants.

C’est une maladie dite hormono-dépendante : elle dépend du fonctionnement des ovaires. Les jeunes filles prépubères ne peuvent pas être atteintes d’endométriose comme, en principe, les femmes ménopausées.

Les symptômes s’arrêtent pendant la grossesse et diminuent ou s’arrêtent complètement à partir de la ménopause.

Pour comprendre cette maladie non contagieuse, il est important de rappeler le fonctionnement de l’appareil génital féminin.

Appareil génital féminin

L'appareil génital féminin se compose du vagin et de l’utérus, lequel se prolonge de chaque côté par les trompes de Fallope qui conduisent aux ovaires.

L'utérus, qui est l'organe où se développe le foetus, est constitué de 3 couches de tissu :

  • le péritoine qui est l’enveloppe extérieure,
  • le myomètre qui est une paroi musculaire,
  • le fameux endomètre, une muqueuse qui tapisse l'intérieur de la cavité de l’utérus et qui va donner son nom à l’endométriose.

Endomètre

Lors de chaque cycle menstruel, l’endomètre se renouvelle. Chaque mois, les cellules de l’endomètre, appelées cellules endométriales, se multiplient sous l’effet des hormones libérées par les ovaires. L’endomètre s’épaissit et se prépare à recevoir un ovule pour la fécondation.

S’il n’y a pas de fécondation, l’endomètre se désagrège et saigne. Ce sont les règles ou menstruations. Lors des règles, nous perdons des cellules endométriales et du sang.

Endométriose

Chez la plupart des femmes, ces cellules endométriales s’évacuent par le biais des règles. Toutefois, chez certaines femmes, ces cellules migrent par les trompes de Fallope et se greffent à des endroits tels que les ovaires, la vessie, les intestins ou le rectum.

Plus rarement, les cellules endométriales peuvent être transportées à distance par les voies lymphatiques ou les vaisseaux sanguins et peuvent atteindre par exemple les poumons.

Une maladie évolutive

Les saignements menstruels contribuent à l’évolution de la maladie.

Les cellules endométriales s’implantent en dehors de l’utérus et se multiplient. Elles forment des adhérences ou des kystes qui se comportent comme l’endomètre. Chaque mois, elles se développent sous l’effet des hormones, saignent et libèrent des substances toxiques.

Quand ces cellules endométriales sont localisées en dehors des organes génitaux, les saignements ne peuvent s’écouler vers l’extérieur du corps. Ils s’accumulent et irritent les autres organes ainsi que le péritoine, la membrane intérieure de l’abdomen. C’est cela qui provoque les douleurs.

Cette multiplication de ces cellules « greffées ailleurs » caractérise l’endométriose. Cette maladie évolue généralement en s’aggravant.

Une maladie qui peut entraver la fertilité

L’endométriose peut engendrer une infertilité : une impossibilité de procréer et donc d’avoir des enfants. Même si les causes exactes ne sont pas connues, on constate que l’endométriose qui touche les trompes et les ovaires est celle qui handicape le plus pour procréer.

Dans les formes minimes de l’endométriose, les lésions libèrent des substances toxiques qui peuvent perturber la maturation des ovules, l’ovulation et la fécondation des ovules.

Dans les formes graves d’endométrioses, les kystes et les adhérences peuvent empêcher le bon fonctionnement des trompes et des ovaires.

Plus la maladie sera diagnostiquée tôt, plus le traitement sera efficace pour vaincre l’infertilité.

Douleurs

Les douleurs peuvent se manifester de différentes manières :

  • Une douleur pendant les règles qui s'aggrave progressivement. Elle est appelée la dysménorrhée. Cette douleur n’est pas spécifique à l’endométriose.
  • Une douleur survenant lors des rapports sexuels, habituellement située au fond du vagin et en arrière. Cette douleur qui s’appelle la dyspareunie peut être plus forte avant les règles.
  • Des douleurs chroniques au niveau du petit bassin, appelées douleurs pelviennes. Ces douleurs peuvent toucher la cavité abdominale ou la région lombaire. Ces douleurs sont plus importantes au moment de l'ovulation et avant les règles.
  • En période de règles, le simple fait d'aller à la selle engendre des douleurs. L’acte de défécation est douloureux.
  • En période de règles, il peut également devenir douloureux d'aller uriner (la dysurie).

L’endométriose provoque au début des douleurs légères, puis de plus en plus intenses voire insupportables.

Les symptômes varient selon le type d’atteinte et les organes touchés. Les douleurs peuvent être indépendantes du cycle menstruel. De plus, il n’existe pas toujours un lien entre le degré de sévérité de la maladie et l’intensité des symptômes.

Cette maladie complexe perturbe le bien-être de la femme atteinte et peut se manifester également par des symptômes non-spécifiques comme par une sensation de malaise général, des douleurs abdominales diffuses, une fatigue chronique et des fluctuations de l’humeur.

Conseils

De bonnes habitudes de vie aident à mieux vivre avec son endométriose.

  • Préférez les acides gras (huiles de colza, noix, soja, poisson, œufs, huiles d’onagre…) aux graisses animales (charcuteries, viande de bœuf, porc, veau,…) : ce sont des remèdes naturels contre l’inflammation.
  • Évitez les aliments qui augmentent le taux d’oestrogène dans le corps comme le café et l’alcool.
  • Évitez de fumer.
  • Pratiquez régulièrement un sport doux comme la marche, l’aquagym,…. Ca libère de l’endorphine, une hormone naturelle qui calme la douleur localement.

D’autres méthodes peuvent soulager vos douleurs comme l’acupuncture, l’homéopathie, la kinésithérapie, …

Certains remèdes traditionnels comme appliquer une bouillote tiède sur l’endroit douloureux ou prendre un bain chaud peuvent également soulager vos douleurs.

Grossesse et ménopause

Dans la vie d'une femme, 2 événements naturels améliorent les signes et symptômes de l'endométriose: la grossesse et la ménopause.

Les modifications hormonales liées à la grossesse et à la ménopause ont un effet favorable et atténuent durablement l’endométriose.

L'ovulation et les menstruations sont interrompues et la femme est soulagée des symptômes de l'endométriose.

Causes

Les causes de cette maladie restent jusqu’à présent inconnues.

Cependant, différentes hypothèses ont été établies par des experts qui supposent que l’endométriose est due à une combinaison de plusieurs facteurs :

  • immunologiques,
  • génétiques,
  • environnementaux.

Facteurs immunologiques

L’hypothèse la plus courante concerne la « menstruation rétrograde ». On parle de menstruation rétrograde lorsque le liquide menstruel reflue vers les trompes de Fallope ou la cavité abdominale au lieu de s’évacuer.

Dans ce cas, les cellules endométriales s’implantent à des endroits tels que les ovaires, la vessie, les intestins,…

Cette hypothèse suppose une relation entre le dysfonctionnement du système immunitaire et l’endométriose, car normalement le système immunitaire empêche les cellules d’un organe spécifique de s’implanter dans d’autres régions du corps.

Facteurs génétiques

On constate que les femmes dont la mère et/ou la soeur sont atteintes par l’endométriose ont un risque plus élevé de développer une endométriose.

Facteurs environnementaux

Des recherches récentes indiquent un lien probable entre l’exposition aux dioxines et le développement d’une endométriose.

Les dioxines sont des polluants présents dans l’environnement. Elles s’accumulent dans la chaîne alimentaire et principalement dans les graisses animales.

Les dioxines sont des substances qui résultent essentiellement de procédés industriels : incinérateurs de déchets, fonderie, métallurgie, sidérurgie, blanchiment de la pâte à papier, fabrication d’herbicides et de pesticides,…

Elles peuvent également résulter d’événements naturels comme les éruptions volcaniques et les feux de forêt.

Examen

Quand une endométriose est suspectée, on fait un examen gynécologique, doublé d’une éventuelle échographie voire d’une résonnance magnétique.

Si après ces premiers examens, l’endométriose est toujours suspectée, alors on pratique la laparoscopie ou la coelioscopie, un examen de l’abdomen qui nécessite une anesthésie générale.

La seule technique qui permet vraiment de diagnostiquer l’endométriose est la laparoscopie ou la coelioscopie.

Le scanner n’est, quant à lui, pas indiqué pour le diagnostic d’endométriose. Il entraîne une exposition aux rayons X et n’est pas recommandé chez les femmes enceintes et les sujets jeunes.

Entretien détaillé

Le diagnostic commence par un entretien détaillé où la patiente explique précisément ses symptômes. A ce stade, le médecin peut suspecter une endométriose. Il est essentiel de décrire ses douleurs de manière précise auprès de son médecin.

Examen gynécologique

Lors d’un examen gynécologique, un simple toucher vaginal peut également permettre de diagnostiquer l’endométriose.

Le gynécologue peut palper les foyers volumineux d’endométriose dans la voûte du vagin, sur l’intestin ou les ligaments de soutien de l’utérus. Il peut également mettre en évidence à l’arrière de l’utérus, des douleurs au niveau du ligament utéro-sacré. La douleur est caractéristique et permettra au gynécologue de suspecter une endométriose.

Échographie

Différents types d’échographie peuvent être réalisés pour aider au diagnostic de cette maladie.

L’échographie abdominale (avec vessie pleine) est un examen indolore qui consiste à passer une sonde sur le ventre. L’échographie transvaginale (avec vessie vide) est un examen qui consiste à introduire une sonde dans le vagin.

Ces échographies permettent de retrouver des kystes des ovaires qui peuvent être un signe évocateur de la présence d'endométriose.

Imagerie par résonance magnétique (IRM)

La résonnance magnétique peut aider à identifier les foyers d’endométriose qui se développent par exemple dans les ligaments de soutien de l’utérus ou dans la musculature utérine. Elle permet de compléter l’examen échographique et déterminer les rapports entre les kystes et les organes environnants (intestin, vessie, rectum,…).

Laparoscopie ou coelioscopie

La laparoscopie est un acte chirurgical qui est pratiqué dans un bloc opératoire sous anesthésie générale au cours d’une hospitalisation courte.

Elle permet d’accéder à l’abdomen, et de voir en particulier les organes génitaux (utérus, ovaires, trompes), sans pratiquer de grandes incisions sur le ventre. Un appareil optique de quelques millimètres de diamètre est introduit par une petite incision en-dessous du nombril et du gaz carbonique est insufflé dans l’abdomen afin de permettre une bonne visualisation des organes internes.

Cet examen est le seul vraiment capable de confirmer le diagnostic. Il détermine la localisation et l'étendue de l’endométriose. Il permet aussi de prélever un petit morceau (biopsie) des foyers d’endométriose afin de les faire analyser par le laboratoire  ou de commencer le traitement par l'ablation et/ou la destruction (par laser ou électrocoagulation) des foyers d'endométriose.

Traitement

Le traitement ne peut pas garantir une guérison. Il réduit les symptômes, stabilise la maladie sur le long terme et diminue la survenue de récidives.

L'endométriose, malgré un traitement efficace, peut récidiver.

Les traitements sont variés et différents d’une femme à l’autre. Le choix du traitement dépend du désir de grossesse, de l'âge, de la gravité des symptômes et de l'étendue des lésions.

Selon la situation de la patiente, on adapte cas par cas la forme de traitement :

  • l’usage de médicaments pour lutter contre les douleurs,
  • la destruction des foyers d’endométriose par la chirurgie,
  • le traitement hormonal.

Médicaments antalgiques

Pour faire disparaître les symptômes qui sont essentiellement la douleur, on utilise des antalgiques, appelés des « anti-inflammatoires non stéroïdiens ». On prescrit des anti-inflammatoires dérivés de l’aspirine. Ces dérivés n’ont pas les mêmes propriétés que l’aspirine. Contrairement à l’aspirine, les dérivés utilisés ne fluidifient pas le sang.

Si vous prenez d’autres médicaments, signalez-le à votre gynécologue afin d’éviter de mauvaises interactions.

Traitements hormonaux

L’hormonothérapie bloque le fonctionnement des ovaires. En reposant les ovaires pendant une certaine période, les lésions d'endométriose se dégradent et disparaissent pour un certain temps. Ce qui soulage les douleurs.

Les traitements hormonaux peuvent être à effet contraceptif comme la pilule contraceptive et le stérilet ou sans effet contraceptif.

L’usage de médicaments pour inhiber la formation des hormones engendre temporairement une ménopause artificielle.

Pilules contraceptives pour soulager les règles douloureuses

Lorsqu’un médecin prescrit une pilule contraceptive chez une jeune femme qui a des règles très douloureuses, cela peut soulager sa douleur.

Toutefois une étude a démontré que les jeunes femmes souffrant de règles douloureuses avaient un risque plus élevé de développer des formes graves d’endométriose.

En effet, la pilule contraceptive masque la douleur, mais elle n’empêche pas la maladie de se développer sournoisement.

Une fois par an, il est conseillé que ces jeunes filles consultent leur gynécologue pour faire une échographie.

Traitement chirurgical

Parfois, pendant la laparoscopie (l’acte chirurgical qui consiste à diagnostiquer l’endométriose), le gynécologue élimine les foyers visibles d’endométriose. Cette manipulation demande beaucoup de délicatesse pour ne pas abîmer les organes avoisinants. Elle ne peut être effectuée que par un gynécologue expérimenté.

Le traitement définitif de l’endométriose sévère ou récidivante est l’hystérectomie, une opération qui consiste à enlever l’utérus chez la femme. Ce traitement n'est pratiqué que lorsque les autres techniques n'ont pas fonctionné et que la femme ne souhaite pas ou plus avoir d'enfants.

Traitement contre l’infertilité liée à l’endométriose

Cette maladie provoque des lésions au niveau de l’appareil génital et diminue les chances d’avoir un enfant.

Cependant des solutions existent et les femmes souffrant d’endométriose peuvent prétendre avoir des enfants.

L’infertilité peut être résolue par un traitement chirurgical qui vise à enlever les foyers d’endométriose. Cette opération permet parfois la survenue spontanée de grossesse.

Dans certains cas, seule la fécondation en dehors du corps de la femme (fécondation in vitro) permet de traiter l’infertilité liée à l’endométriose.

On prélève plusieurs ovules chez la femme, on les féconde en dehors du corps de la femme et on réimplante l’oeuf fécondé dans l’utérus de la femme.

Plus la maladie sera diagnostiquée tôt, plus le traitement sera efficace pour vaincre l’infertilité.

Quand consulter

Les douleurs et l’infertilité sont les 2 symptômes qui caractérisent cette maladie.

Ces 2 signes doivent vous conduire à consulter un gynécologue. Si vos règles sont très douloureuses ou que vous essayez d’avoir un bébé depuis plus d’un an sans réussite : consultez votre gynécologue et parlez-en avec lui.

Souvent, l’endométriose est diagnostiquée trop tardivement, car ses symptômes (mal dans le bas ventre, règles douloureuses et abondantes, douleurs au moment des rapports sexuels,…) sont sous-estimés par la femme.

On constate également que plus d’une femme sur 3, qui consulte pour infertilité, découvre qu’elle est atteinte d’endométriose.

Pourtant, un diagnostic précoce augmente l’efficacité du traitement, évite des chirurgies lourdes et permet de lutter contre l’infertilité.

Aides utiles

Médecins généralistes et gynécologues

Votre médecin traitant est la personne de référence qui pourra détecter les premiers symptômes de l’endométriose.

Les gynécologues sont spécialistes de l’appareil génital féminin et de ses affections : ils confirmeront le diagnostic et instaureront le traitement. 

Au Luxembourg, si vous souffrez d’endométriose, votre gynécologue vous mettra en contact avec un centre de la douleur pour diminuer les symptômes ou avec le service de fécondation in vitro pour résoudre un problème d’infertilité.

Sources

Ce dossier a été validé par :

  • Dr VAN WYMERSCH Didier, Médecin spécialiste en gynécologie et obstétrique, Centre Hospitalier de Luxembourg
  • Dr STEIL Simone, Médecin-chef de division, Division de la médecine préventive et sociale, Direction de la Santé
  • Dernière modification le 19-10-2015