Maladie de Chagas (trypanosomiase américaine)

Définition

Maladie à transmission vectorielle

La maladie de Chagas, connue également sous le nom de trypanosomiase américaine, est une maladie potentiellement mortelle provoquée par un protozoaire, Trypanosoma cruzi (T. cruzi). On la trouve principalement dans les zones d’endémie de 21 pays d’Amérique latine , où elle est la plupart du temps transmise à l’homme par les déjections de triatome, variété de punaise portant différents noms selon la région géographique.

La maladie a été baptisée du nom de Carlos Ribeiro Justiniano Chagas, le médecin brésilien qui l’a découverte en 1909.

La maladie de Chagas est une maladie à transmission vectorielle. Ce qui signifie une maladie transmise par des vecteurs.

Les vecteurs sont des petits organismes vivants (tels que les moustiques, les tiques, les punaises, phlébotomes ou gastéropodes d’eau douce) qui peuvent transmettre des micro-organismes pathogènes d’une personne ou d’un animal infecté à une autre personne ou animal. Cela peut engendrer de graves maladies dans les populations humaines.

Répartition

La maladie de Chagas sévit principalement en Amérique latine. Toutefois, au cours des dernières décennies, elle a été dépistée de plus en plus souvent aux États-Unis d’Amérique, au Canada, dans de nombreux pays d’Europe et dans certains pays du Pacifique occidental. Cette propagation est principalement due à la mobilité de la population entre l’Amérique latine et le reste du monde, et dans une moindre mesure à l’infection par le biais de transfusions sanguines, d’une transmission verticale (de la mère infectée à son enfant) ou de dons d’organes.

Signes et symptômes

La maladie de Chagas se présente en deux phases. La première, la phase aiguë, dure environ deux mois. Au cours de celle-ci, un nombre élevé de parasites circulent dans le sang. Dans la plupart des cas, il n’y a pas de symptômes ou des symptômes bénins, comme de la fièvre, céphalées, un lymphœdème, de la pâleur, des douleurs musculaires, des difficultés respiratoires et des douleurs abdominales ou thoraciques. Chez moins de 50% des personnes piquées par un triatome, les premiers signes visibles caractéristiques peuvent être une lésion cutanée de type module ou un œdème violacé des paupières d’un œil par exemple.

Au cours de la phase chronique, les parasites se cachent principalement dans le muscle cardiaque et les muscles digestifs. Jusqu’à 30% des patients souffrent de troubles cardiaques et jusqu’à 10% de troubles digestifs (généralement mégaœsophage ou mégacôlon), et neurologiques, ou les deux à la fois. L’infection peut conduire au décès soudain ou à une insuffisance cardiaque provoquée par la destruction progressive du muscle cardiaque.

Transmission

En Amérique latine, T. cruzi est principalement transmis par les déjections infectées de triatomes hématophages. Ces triatomes (sorte de punaises) vivent généralement dans les fentes des murs des habitations précaires en milieu rural ou suburbain. Ils se cachent généralement pendant la journée et sortent la nuit pour se nourrir de sang humain. Ils piquent une zone de peau exposée comme le visage, et défèquent à proximité de la piqûre.

Les parasites pénètrent dans l’organisme lorsque la personne se frotte ou se gratte instinctivement et fait pénétrer les déjections dans la lésion, les yeux, la bouche, ou toute autre altération de la peau.

Traitement

Pour éliminer le parasite, la maladie peut être traitée au moyen de benznidazole ou de nifurtimox. Les deux médicaments sont efficaces à près de 100% et permettent de guérir la maladie s’ils sont administrés suffisamment tôt après l’infection, dès le début de la phase aiguë. Leur efficacité diminue toutefois avec l’ancienneté de l’infection. Le traitement est également indiqué pour les personnes chez qui l’infection a été réactivée (par exemple en raison d’une immunodépression), pour les nourrissons présentant une infection congénitale et pour les patients au cours de la phase chronique précoce.

Les adultes infectés, notamment ceux qui ne présentent aucun symptôme, devraient se voir proposer un traitement. Les avantages potentiels du traitement médicamenteux pour prévenir ou retarder le développement de la maladie de Chagas devraient être évalués en tenant compte de la durée prolongée du traitement (jusqu’à 2 mois) et des réactions indésirables possibles (qui surviennent dans un pourcentage de patients pouvant aller jusqu’à 40%).

Le benznidazole et le nifurtimox ne devraient pas être administrés aux femmes enceintes ni aux personnes souffrant d’insuffisance rénale ou hépatique. Le nifurtimox est également contre-indiqué pour les personnes présentant des antécédents de troubles neurologiques ou psychiatriques.

De plus, un traitement spécifique des manifestations cardiaques ou digestives peut s’avérer nécessaire.

Lutte et prévention

Il n’existe pas de vaccin contre la maladie de Chagas. La lutte antivectorielle est la méthode la plus efficace pour prévenir la maladie de Chagas en Amérique latine. Un dépistage sanguin est nécessaire pour prévenir l’infection consécutive à une transfusion ou à une transplantation d’organe.

T. cruzi peut infecter plusieurs espèces de triatomes, dont la majorité sont présentes dans les Amériques. Selon la zone géographique, l’OMS recommande les méthodes suivantes de prévention et de lutte :

  • épandage d’insecticide dans les habitations et les zones avoisinantes ;
  • améliorations apportées aux habitations pour prévenir l’infestation par les vecteurs ;
  • mesures de prévention personnelles telles que les moustiquaires ;
  • bonnes pratiques d’hygiène lors de la préparation des aliments ou de leur transport, leur stockage et leur consommation ;
  • dépistage des donneurs de sang ;
  • dépistage des donneurs et des receveurs d’organes, de tissus ou de cellules ;
  • dépistage des nouveau-nés de mères infectées, et des frères et sœurs d’enfants infectés, pour assurer un diagnostic et un traitement précoces.

Source

Cette fiche a été validée par :

  • Dr STEIL Simone, Médecin-chef de division, Division de la médecine préventive et sociale, Direction de la Santé.
  • Dernière modification le 19-10-2015