Mauvaises postures

Définition

Les mauvaises postures ne sont pas que disgracieuses, elles provoquent de la douleur, des déformations et des troubles fonctionnels. Elles se manifestent le plus souvent au cours de l'adolescence. Elles se définissent par rapport à la courbure normale de la colonne vertébrale vue de profil. Cette courbure a la forme d'un "S" allongé: de haut en bas, on observe un creux au niveau du cou, puis un léger renflement en haut du dos et enfin un deuxième creux au bas du dos, dans la région lombaire.

Les mauvaises postures sont dans la plupart des cas des accentuations de ces courbures normales. Elles sont généralement attribuables à la négligence, mais elles peuvent aussi être le résultat d'une maladie.

Les déformations de la colonne vertébrale dues à de mauvaises postures en position debout, assise ou couchée sont de trois types: la lordose, la cyphose et la scoliose. Elles entraînent avec le temps une perte du tonus abdominal et le relâchement de certains muscles. Il est fréquent que deux des trois déformations coexistent. L'exemple classique est celui du bossu de Notre-Dame, qui souffre d'une hypercyphose dorsale doublée d'une scoliose. Les adolescents qui se tiennent mal pourront également présenter une légère lordose, de même qu'une légère cyphose.

Lordose

  • accentuation du creux du cou et extension de la tête vers l'arrière;
  • accentuation du creux de la région lombaire et cambrure du dos;
  • s'accompagne souvent des déformations suivantes: genoux qui se touchent, pieds affaissés et tournés vers l'intérieur;
  • douleurs au niveau des régions cervicale et lombaire.

Cyphose

  • accentuation du renflement du haut du dos, flexion de la tête et des épaules vers l'avant;
  • douleurs au niveau de la région dorsale, aux omoplates et aux côtes.

Scoliose

  • déviation latérale (en "forme de serpent") d'une partie de la colonne. Contrairement à la lordose et à la cyphose, une telle déviation n'est pas l'accentuation des deux courbures normales;
  • s'associe parfois à une longueur inégale des membres inférieurs;
  • souvent sans inconfort ni douleur.

Causes

Lordose

  • tendance héréditaire;
  • obésité abdominale. Elle entraîne une hyperlordose en exerçant une tension indue sur les muscles de la colonne vertébrale. L'obésité abdominale change le centre de gravité et oblige la personne à se pencher en arrière pour garder l'équilibre;
  • habitude de se tenir le dos trop cambré;
  • faiblesse des muscles abdominaux;
  • contraction excessive des muscles de la partie arrière du corps;
  • arthrite. L'arthrite est une inflammation des articulations qui peut affecter la colonne vertébrale. L'inflammation crée de l'oedème (enflure) autour et entre les vertèbres. Avec le temps, cela change la courbure de la colonne et entraîne un déséquilibre musculaire puisque les muscles attachés se déplacent de leur emplacement habituel;
  • syndrome de Cushing. Cette maladie rare se caractérise notamment par un embonpoint au niveau de l'abdomen, ce qui, comme l'obésité, entraîne une accentuation de la courbure de la colonne lombaire.

Cyphose

  • tendance héréditaire;
  • ostéoporose, chez la femme âgée ("bosse cervicodorsale de la veuve", appelée aussi "bosse de bison", à la jonction des colonnes cervicale et dorsale);
  • habitude de garder les épaules enroulées vers l'avant. Par exemple, la jeune fille embarrassée par une forte poitrine qui s'est développée rapidement aura tendance à ramener les épaules vers l'avant pour la dissimuler; l'adolescent qui grandit trop vite cherche à réduire sa taille en voûtant le dos;
  • contraction excessive des muscles antérieurs de la colonne vertébrale. Prédisposition qui se manifeste à l'adolescence; une cyphose apparaît et le dos se voûte;
  • arthrite;
  • maladie de Scheuermann. Elle apparaît à l'adolescence; pendant la croissance, les vertèbres s'écrasent en forme de coin, entraînant une hypercyphose (dos exagérément voûté).

Scoliose

  • postures inadéquates, par exemple, ne pas se tenir droit ou toujours appuyé sur un coude;
  • inégalité des membres inférieurs. Il s'agit d'un facteur aggravant;
  • prédisposition qui peut être héréditaire et qui se manifeste à l'adolescence, pendant la poussée de croissance;
  • traumatismes à la colonne à la suite d'une chute, par exemple.

Conseils pratiques

Éviter de se coucher sur le ventre. Cette position exagère les courbures cervicale et lombaire (lordose).

Ne pas porter de talons dont la hauteur dépasse trois à cinq centimètres. Les talons hauts ont tendance à accentuer la lordose.

Adopter de bonnes postures. En position debout, gardez le dos droit et les muscles abdominaux rentrés. Portez des chaussures confortables, qui assurent un bon équilibre. Si vous devez rester debout pendant une longue période, appuyez un pied sur un petit banc et alternez d'un pied à l'autre. Soulevez un poids en le tenant le plus près possible du corps et pliez les genoux au lieu de vous pencher vers l'avant. En position assise, tenez votre dos droit au moyen d'un coussin plat et ferme ou d'une serviette roulée et placée dans le bas du dos. Gardez les genoux pliés, légèrement plus élevés que le bassin, et utilisez un repose-pieds (pieds à plat). En position couchée, privilégiez la position du foetus et utilisez un bon oreiller, ferme mais malléable, qui épouse le creux du cou et soutient la tête. Sur le dos, utilisez un oreiller plus mince et un autre sous les genoux, et relevez-vous en roulant d'abord sur le côté. Vous pouvez aussi vous reposer moitié sur le ventre, moitié sur le côté en gardant une jambe repliée.

Changer souvent de position. Si vous travaillez dans un bureau, évitez de rester trop longtemps assis dans la même position. Mais déplacez-vous sans brusquerie, en évitant la torsion du tronc.

Enseigner les bonnes postures aux enfants dès l'âge de trois ou quatre ans. Vous leur rendrez service pour la vie.

Lire et mettre en pratique les exercices décrits dans le livre de Bob Anderson sur le stretching. Cet ouvrage est reconnu depuis plus de 15 ans comme la bible du stretching. On y conseille divers exercices de renforcement des abdominaux ainsi que des exercices d'étirement adaptés aux différents problèmes posturaux.

Maîtriser son poids. L'obésité accentue la lordose lombaire.

Utiliser un mobilier adéquat. Une bonne chaise de travail, des fauteuils rembourrés, un matelas et un oreiller fermes sont essentiels.

Quand consulter

  • Vous avez des douleurs chroniques au dos ou au cou.
  • Vous constatez sur vous ou chez un de vos proches une déformation de la courbure naturelle de la colonne.

Examen

La radiographie constitue l'examen de base. On procède parfois à une orthodiagraphie (mesure de la longueur des membres inférieurs) ainsi qu'à des tests de flexibilité des muscles atteints.

Traitement

Lordose
Le port d'orthèses plantaires (semelles spéciales portées à l'intérieur des chaussures) aide à corriger la position. Des exercices d'étirement pourront assouplir les muscles postérieurs de la colonne s'ils sont rétractés; on prescrira aussi des exercices pour renforcer les abdominaux. On recommandera de perdre du poids, s'il y a lieu. Dans le cas d'un syndrome de Cushing, le médecin traitera la maladie en cause.

Cyphose
La rééducation des muscles antérieurs de la colonne se fera au moyen du stretching. Chez la femme ménopausée, l'hormonothérapie permettra de prévenir l'ostéoporose. En cas de contre-indication, le médecin aura recours à un autre traitement médicamenteux.

Pour la maladie de Scheuermann, on aura recours à la physiothérapie ou à la rééducation posturale globale (RPG), traitement consistant à renforcer, au moyen d'exercices, les divers groupes musculaires du corps ; certains cas graves nécessiteront le port d'un corset.

Scoliose
Les cas légers feront l'objet d'une surveillance. Une fois la croissance terminée, la scoliose cesse d'évoluer. On pourra alors demander au patient de fréquenter un centre de rééducation posturale. Des orthèses plantaires pourront servir à corriger la longueur inégale des membres inférieurs. Les cas graves pourront nécessiter une intervention chirurgicale ou le port d'un corset.

Douleurs
Le traitement de la douleur est le même pour les trois déformations. En phase aiguë, on pourra prescrire des relaxants musculaires, des analgésiques ou des anti-inflammatoires. Pour prévenir la douleur, le médecin ou le physiothérapeute pourra enseigner certains exercices à pratiquer.

Source

  • Auteur : Dr Ghislaine Robert, Spécialiste en médecine du sport, Centre de Médecine Sportive de Laval
  • Source : Guide familial des symptômes sous la direction du Dr André H. Dandavino - Copyright Rogers Media, 2005
  • Dernière modification le 19-10-2015