Cirrhose du foie

Définition

La cirrhose correspond à une dégénérescence des tissus du foie, les cellules hépatiques sont détruites et progressivement remplacées par de la fibrose. Elle est consécutive à des agressions diverses, essentiellement l'alcool (plus de 80% des cas) et l'hépatite chronique. Véritable problème de santé publique, cette pathologie est responsable de la mort d'au moins 10.000 personnes par an en France.

Le foie peut être comparé à une usine de tri, son rôle principal étant de récupérer les nutriments absorbés par les intestins et de les transformer en énergie utilisable par les cellules de l'organisme. Il fabrique également la bile nécessaire à la digestion des graisses.

La cirrhose est le résultat de la lente transformation du foie en un organe dur, à surface irrégulière, et dont le volume est augmenté au début (hépatomégalie), puis diminué en fin d'évolution. Le foie cirrhotique est constitué progressivement d'un tissu cicatriciel (fibrose) qui remplace peu à peu les cellules indispensables à son fonctionnement.

Les deux principales conséquences de la cirrhose sont:

  • une perturbation de plus en plus importante des fonctions du foie, aboutissant à une insuffisance hépatique;
  • un obstacle à la circulation du sang, qui s'accumule dans les veines du tube digestif (hypertension portale).

Causes

  • L'alcool: c'est la première cause de cirrhose en France. On estime que la quantité journalière entraînant un risque élevé de cirrhose est de 60 à 100 grammes d'alcool pur pour les hommes, et de 20 grammes pour les femmes, pendant 10 à 15 ans.
  • Les hépatites virales (B, C, D) devenant chroniques: la cirrhose est alors une complication tardive de l'hépatite chronique, conséquence de l'inflammation et des modifications de la structure du foie.
  • La cirrhose biliaire, primitive ou secondaire: elle fait suite à un obstacle situé sur les voies biliaires (lithiase, pancréatite…).
  • L'hépatite auto-immune (auto destruction du foie).
  • Les maladies métaboliques: hémochromatose (surcharge en fer), maladie de Wilson (surcharge en cuivre).

Conseils pratiques

  • Il faut savoir qu'en cas de cirrhose les effets des médicaments peuvent être perturbés, car la majorité d'entre eux sont normalement transformés par le foie avant d'être éliminés. Certains, peuvent devenir moins actifs, ou au contraire trop actifs, ou encore donner lieu à des effets indésirables. C'est pourquoi il est important de connaître les médicaments potentiellement dangereux en présence d'une cirrhose et surtout de ne jamais en prendre sans un avis du médecin. Il s'agit notamment de l'aspirine, des anti-inflammatoires, des antalgiques (médicaments contre la douleur), des sédatifs, somnifères, tranquillisants, des anticoagulants, des hormones, des médicaments contre les vomissements et de certains antibiotiques.
  • Arrêter impérativement toute consommation de vin et de boisson alcoolisée.
  • Limiter la prise de sel.
  • Réduire l'apport alimentaire en protéines (viande, fromages, etc.) selon l'avis du médecin.

Quand consulter

  • Dépistage systématique. La progression de la maladie étant très lente, la cirrhose peut exister sans entraîner de symptôme particulier pendant plusieurs années.
  • Bilan hépatique perturbé, avec augmentation des gamma GT et des transaminases (enzymes du foie).
  • Intoxication alcoolique, avec légers tremblements, gonflement des glandes salivaires (parotides) sous la mâchoire.
  • Fatigue progressive.
  • Perte d'appétit avec amaigrissement.
  • Apparition d'ecchymoses.
  • Faiblesse musculaire.
  • Douleurs abdominales, s'accompagnant parfois de vomissements ou d'une fièvre traînante.
  • Trouble des règles, signes de virilisation chez la femme.
  • Impuissance chez l'homme.
  • Ictère (jaunisse) avec coloration du blanc de l'oeil et des urines.
  • Angiomes stellaires (petites dilatations des veines en forme d'étoiles).
  • Hémorragies digestives, avec vomissements de sang et selles noires, liées à la rupture de varices oesophagiennes.
  • Gonflement des chevilles (oedème) et du ventre avec présence d'eau dans l'abdomen (ascite).
  • Confusion mentale (encéphalopathie).

Examen

Le diagnostic de cirrhose peut être évident en présence de symptômes. Mais avant ce stade, pendant des années, il peut être difficile à poser : l'examen clinique ne retrouve pas de modifications du foie (hépatomégalie, surface indurée et irrégulière). Le médecin doit interroger le patient sur sa consommation en boissons alcoolisées, sur les médicaments pris habituellement, sur des éventuels antécédents d'hépatite virale et sur l'existence de maladies du foie dans la famille.

Des examens complémentaires sont nécessaires pour faire le diagnostic de cirrhose:

  • numération formule sanguine à la recherche d'une diminution des globules rouges (anémie volontiers à gros globules: macrocytose);
  • bilan hépatique pour évaluer l'état du foie et de son activité: élévation des gamma GT, plus ou moins des phosphatases alcalines et des transaminases;
  • bilan de la coagulation: baisse du taux de prothrombine;
  • électrophorèse des protéines: baisse de l'albumine;
  • sérologie des virus de l'hépatite B et C.

En cas de bilan hépatique perturbé, un des premiers examens complémentaires utile est alors l'échographie abdominale afin d'apprécier le volume du foie, les modifications de sa forme et de sa structure.
Une endoscopie haute appelée "fibroscopie gastrique" recherche la présence de varices au niveau de l'oesophage qui constituent une menace d'hémorragie.
Seule une ponction-biopsie du foie permet un diagnostic certain. L'étude des cellules hépatiques est effectuée sur un prélèvement de biopsie du foie et montre la fibrose et des nodules de régénération.

La cirrhose étant la principale cause de cancer du foie, il est recommandé de pratiquer régulièrement des prises de sang et des échographies afin de pouvoir le dépister à un stade précoce.

Traitement

Il n'existe pas de traitement qui permette la guérison d'une cirrhose car les lésions du foie sont irréversibles. Cependant, pris tôt et après traitement de la cause initiale (alcoolisme, hépatite, etc.), le foie se régénère et les lésions peuvent se stabiliser.
Le médecin peut être amené à prescrire des médicaments utiles contre la cirrhose et ses complications. La vitamine A et certains autres médicaments sont contre-indiqués en cas de maladie chronique du foie. En revanche, les vitamines du groupe B peuvent être bénéfiques. Il est nécessaire de s'informer à ce sujet auprès de son médecin ou de son pharmacien.

Lorsque surviennent une diminution des urines et un gonflement des chevilles et du ventre, c'est-à-dire des oedèmes et de l'ascite, des médicaments diurétiques (favorisant l'élimination de l'urine) peuvent être prescrits. La prise de ces médicaments nécessite une surveillance par des prises de sang régulières et, dans tous les cas, un régime sans sel à suivre scrupuleusement.

Pour réduire le risque d'hémorragie ou pour éviter qu'une hémorragie ne se reproduise, le médecin peut prescrire des bêtabloquants, médicaments destinés à diminuer la pression du sang dans les veines oesophagiennes. Les varices oesophagiennes peuvent également être traitées par voie endoscopique, c'est-à-dire par l'introduction dans l'oesophage (par la bouche) d'un instrument permettant l'intervention et parfois par voie chirurgicale.

Au stade de l'insuffisance hépatique (lorsque plus de 75% du foie est détruit), il n'y a pas de traitement en dehors de la greffe de foie.

Source

  • Auteur : Dr Sylvie Coulomb
  • Source : Alcool : effets sur la santé. Editions Inserm, septembre 2001. Hépatite C : Conférence de consensus, Paris, 26-28 février 1999. Traitement de l'hépatite C. Les recommandations de la Conférence de consensus, Paris, 27-28 février 2002.
  • Dernière modification le 19-10-2015