Colique hépatique

Définition

Les calculs biliaires, appelés à tort pierres au foie car elles ne se trouvent pas dans le foie, constituent un problème courant et relativement bénin.

Les calculs se forment dans la vésicule biliaire. La vésicule est le réservoir de la bile sécrétée par le foie. Elle a pour fonction de distribuer la bonne quantité de bile au moment opportun. Ainsi, lors des repas, un réflexe déclenché par les hormones digestives fait se contracter la vésicule afin qu'elle libère davantage de bile dans les intestins, ce qui a pour effet d'aider la digestion (surtout des gras). La bile passe alors par le canal cystique, puis par le canal cholédoque, qui est son prolongement, pour se rendre dans le duodénum (partie de l'intestin grêle).

Types

Il existe deux types de calculs biliaires, qui peuvent mesurer entre 0,5 mm et 2 cm de diamètre.

On trouve d'abord les agglomérats de cholestérol biliaire, lequel entre dans la composition de la bile pour faciliter la digestion (ce type de cholestérol n'a rien à voir avec le cholestérol sanguin). Ces calculs sont les plus fréquents, ils représentent 85 % des cas, et ont la particularité d'être translucides. On trouve également des calculs pigmentaires dans 15 % des cas. De couleur brune ou noire, ils sont composés d'un mélange de sels biliaires et de bilirubine, deux autres substances sécrétées par le foie dans la bile.

Les calculs biliaires ne se résorbent pas. Toutefois, dans 80 % des cas, ils restent logés dans la vésicule biliaire et ne causent aucun symptôme. On ne sait pas s'ils sont présents ou non et c'est souvent par hasard qu'on les découvre, lors d'une échographie abdominale. Lorsqu'ils tentent de sortir de la vésicule ou qu'ils se bloquent dans le canal cystique ou dans le canal cholédoque, ils causent une colique hépatique ou crise de foie. Une intervention médicale est alors nécessaire pour les déloger.

Il ne faut donc pas confondre la crise de foie avec la mauvaise digestion causée par un gros repas riche en graisses et en alcool, qui incommode, crée des ballonnements et des malaises gastriques.

Symptômes

La colique hépatique se caractérise par les manifestations suivantes:
  • Douleur dans le haut de l'abdomen, sous les côtes, et surtout du côté droit (la vésicule biliaire est à droite).
  • Manifestation brutale, surtout après un repas riche en graisses, et qui s'accompagne d'un point de côté, d'une sensation de pesanteur et de barre qui serre l'estomac (les contractions de la vésicule pour évacuer davantage de bile poussent les calculs, qui tentent de sortir de la vésicule ou se bloquent dans le canal cystique ou dans le canal cholédoque).
Les autres caractéristiques sont les suivantes:
  • douleur qui revient par intermittence, habituellement après les repas;
  • irradie souvent dans le dos et à la hauteur de l'omoplate droite;
  • s'aggrave à l'inspiration profonde;
  • demeure plus ou moins constante durant une à trois heures et diminue graduellement pendant 30 à 90 minutes avant de disparaître;
  • urine foncée quand un ou plusieurs calculs sont bloqués dans le canal cholédoque;
  • présence de fièvre, de frissons, de nausées et/ou de vomissements lorsqu'il y a complication (inflammation de la vésicule biliaire, du canal cholédoque ou encore du pancréas).

Causes

Calculs de cholestérol biliaire

  • Déséquilibre métabolique. Pour être évacué sous forme soluble, le cholestérol biliaire doit être mélangé aux sels biliaires. S'il n'y a pas assez de sels ou s'il y a trop de cholestérol, il y a formation de calculs. Plusieurs facteurs peuvent causer des surplus de cholestérol biliaire: l'hérédité, l'obésité, la fibrose kystique, le diabète ou même une grossesse. En outre, la maladie de Crohn (maladie inflammatoire du petit intestin) et les chirurgies pour enlever un bout du petit intestin diminuent la capacité d'absorption des sels biliaires. (C'est dans cette partie de l'intestin que sont réabsorbés les sels biliaires pour revenir dans l'organisme.)

Calculs pigmentaires

  • Sécrétion excessive de bilirubine. La bilirubine, provenant des globules rouges, est un pigment rouge qui se retrouve dans le foie, puis dans la bile. C'est elle qui donne la coloration jaunâtre de la peau lors d'hépatite et de jaunisse du nouveau-né, par exemple. Différents problèmes peuvent entraîner un excès de bilirubine et la formation de calculs pigmentaires. Les plus courants sont les anémies hémolytiques et les hémoglobinopathies (maladies métaboliques du sang). En outre, les personnes ayant eu une alimentation artificielle intraveineuse prolongée pendant plusieurs semaines, voire des mois (les comateux et les grands opérés par exemple), sont également susceptibles d'avoir trop de bilirubine dans la bile.

Conseils pratiques

  • Soulager la douleur. Une colique hépatique exige une consultation médicale rapide. En attendant, prenez un analgésique comme du paracétamol.
  • Éviter de manger trop gras. Les repas riches en graisses (beurres, huiles, fritures, sucreries) risquent de provoquer une colique hépatique si vous avez des calculs biliaires. Mangez plus sainement, vous ne vous en sentirez que mieux. Évitez aussi les régimes hypercaloriques, comme ceux qu'on prescrit aux gens trop maigres.
  • Être attentif. Si vous avez des antécédents familiaux de calculs biliaires ou si vous souffrez d'un problème risquant d'en causer (diabète, fibrose kystique, cirrhose, maladie de Crohn, etc.), suivez scrupuleusement votre traitement médical (il ne prévient toutefois pas les calculs biliaires) et soyez attentif à vos douleurs abdominales. Vous souffrez peut-être d'une crise de foie.

Quand consulter

  • Vous suspectez une colique hépatique.
  • Les symptômes s'accompagnent de fièvre, de frissons, de nausées et de vomissements.

Examen

L'échographie abdominale demeure l'examen fiable par excellence. La radiographie ordinaire ne permet pas en effet de déceler les calculs de cholestérol biliaire (ils sont translucides). L'échographie permet de voir tous les calculs, d'en évaluer la dimension et la localisation, également de diagnostiquer une complication. Les prises de sang sont parfois indiquées pour aider à définir la complication, comme la cholécystite (inflammation de la vésicule biliaire), la cholangite (ou angiocholite, inflammation du canal cholédoque) et la pancréatite (inflammation du pancréas).

Traitement

Quel que soit le type de calculs biliaires, les médecins ont, depuis quelques années, la directive de les laisser dans la vésicule biliaire s'ils ne causent aucun symptôme.

Si la douleur est due au fait que le calcul tente de pénétrer ou est bloqué dans le canal cystique, la solution la plus courante (dans 95 % à 98 % des cas) consiste à enlever la vésicule biliaire et le canal cystique. L'ablation se fait au moyen d'une chirurgie conventionnelle ou d'une laparoscopie (petit tube inséré dans le ventre afin d'extraire l'organe, morceau par morceau). Elle évite toute complication et n'a aucune conséquence sur le fonctionnement de l'organisme. Comme il n'y a plus de réservoir pour la bile, celle-ci s'écoule directement dans le canal cholédoque, ce qui incommode peu les patients (environ 10 % des gens auront des selles molles ou liquides de façon régulière et sur une longue période, entre 5 et 10 ans).

Si le calcul biliaire est bloqué dans le canal cholédoque, le médecin pratique une cholangio-pancréatographie par voie rétro-grade. Cette intervention consiste à glisser dans la bouche un tube qui descend jusqu'au duodénum (partie de l'intestin grêle où arrive le canal cholédoque) et à insérer dans le canal cholédoque un instrument permettant de pratiquer une petite incision et de retirer le ou les calculs. Cette intervention se fait sous anesthésie locale et dure entre 15 et 45 minutes.

D'autres traitements existent, mais ils sont utilisés de façon exceptionnelle et chez des gens trop malades pour supporter une intervention chirurgicale. Ainsi, quand les calculs sont très petits (moins de 1,5 cm), on peut les dissoudre grâce à un médicament pris oralement. Toutefois, le processus est très long (entre un et deux ans), et les crises de foie peuvent se répéter entre-temps. Les médecins peuvent aussi, à l'aide d'un cathéter, déposer un solvant directement à l'endroit où se trouvent les calculs. Même si cette technique est plus rapide, elle demeure plus rare, voire expérimentale, parce qu'elle comporte davantage d'effets indésirables. Si les calculs sont trop gros pour une dissolution, on procède d'abord à une lithotripsie par ondes de chocs, opération qui consiste à broyer les pierres au moyen d'ultrasons afin qu'elles se dissolvent mieux.

Malheureusement, le plus souvent, il est presque impossible d'agir sur les causes qui provoquent les calculs, c'est-à-dire sur la surproduction de cholestérol biliaire, de bilirubine ou sur la mauvaise absorption des sels biliaires. Toutefois, seulement 5 % des gens, environ, ont une récidive de calculs biliaires. S'il n'y a plus de vésicule biliaire, les calculs se logent dans le canal cholédoque. On doit donc procéder à une cholangio-pancréatographie par voie rétrograde pour les déloger de nouveau.

Source

  • Auteur : Dr Gilles Jobin, Gastroentérologue, Hôpital Maisonneuve-Rosemont, Montréal
  • Source : Guide familial des maladies publié sous la direction du Dr André H. Dandavino - Copyright Rogers Média, 2001
  • Dernière modification le 19-10-2015