Douleur abdominale

Définition

La douleur abdominale est un problème fréquent, commun à un grand nombre d'affections. Elle se rencontre à tout âge et peut se manifester sous forme de crampes, de sensations de brûlures, de tiraillements, de coups de poignard, etc. Selon le cas, elle sera progressive, intermittente, constante, lancinante, sourde, légère, intense, récidivante, aiguë, chronique, etc.

La douleur peut être diffuse ou se localiser en un point précis. Parfois, elle pourra même irradier dans une région autre que l'abdomen. Différents symptômes, tels que la nausée, les vomissements, la fièvre, la diarrhée, le ballonnement abdominal ou la difficulté à uriner, peuvent l'accompagner.

Dans ce cas, plusieurs diagnostics sont possibles. En voici les plus fréquents.

Colique hépatique (crise de foie)

  • caractérisée par une douleur localisée du côté droit sous les côtes inférieures, irradiant en ceinture jusque dans le dos;
  • généralement accompagnée de nausées et de vomissements;
  • survient surtout après un repas gras ou copieux;
  • peut s'accompagner d'ictère (jaunisse), de selles pâles et d'urines foncées.

Appendicite aiguë

  • douleur qui augmente progressivement dans les 24 heures qui suivent son apparition;
  • commence autour de la région du nombril pour ensuite migrer vers le flanc droit inférieur;
  • accompagnée de fièvre, de nausées, de vomissements, de perte d'appétit et d'entrain, mais rarement de diarrhées.

Affections gynécologiques

  • douleur souvent aiguë et localisée dans le bas-ventre, au centre ou sur les côtés;
  • parfois accompagnée de fièvre et plus rarement de nausées et de vomissements;
  • s'accompagne habituellement d'un gonflement des seins, d'un arrêt des menstruations, de nausées et de vomissements dans le cas d'une grossesse ectopique.

Infection urinaire

  • douleur progressive localisée au centre du bas-ventre;
  • se manifeste par une difficulté à uriner accompagnée d'une sensation de brûlure;
  • besoin d'uriner plus fréquent, même la nuit;
  • urines troubles et malodorantes;
  • s'accompagne parfois de douleurs au dos, de fièvre et de sang dans l'urine.

Affections intestinales

  • douleurs se présentant sous forme de crampes dans la région du nombril ou du bas-ventre;
  • la gastroentérite est la plus fréquente et s'accompagne habituellement de nausées, de vomissements et de diarrhée;
  • s'accompagne souvent de constipation. Elle est caractérisée par une douleur souvent chronique, évoluant sur une période de plusieurs jours. Accompagnée de ballonnement abdominal et d'une sensation d'inconfort, elle est généralement soulagée par l'évacuation des selles, qui peut être laborieuse;
  • l'ulcère gastroduodénal occasionne des douleurs au-dessus du nombril qui peuvent irradier dans le dos et s'étendre à tout l'abdomen. Il s'accompagne de brûlures rétrosternales (douleur au niveau du sternum);
  • la diverticulite cause une douleur diffuse qui augmente de façon progressive pour se localiser, par la suite, au flanc gauche inférieur de l'abdomen. Elle s'accompagne de fièvre, de ballonnement abdominal et de changement d'aspect des selles. Ces dernières deviennent plus petites et déchiquetées. Parfois, il peut y avoir un arrêt des gaz et des selles. Dans certains cas, il peut même se produire une perforation du côlon avec péritonite;
  • l'occlusion intestinale occasionne crampes et ballonnement abdominaux graves. Les gaz et les selles ne pouvant plus descendre vers l'anus, il s'ensuit des nausées et des vomissements. L'occlusion intestinale comporte un risque de perforation de l'intestin.

Causes

Colique hépatique:

  • blocage de l'évacuation de la bile causé par la présence de calculs dans la vésicule biliaire ou dans le cholédoque, canal situé entre le foie et le petit intestin;
  • antécédents familiaux dans la plupart des cas.

Appendicite aiguë:

  • blocage de l'appendice par des selles, suivi d'une infection bactérienne de l'appendice.

Affections gynécologiques:

  • douleurs menstruelles;
  • kyste ovarien congénital ou acquis;
  • salpingite (infection des trompes de Fallope) généralement transmise par contact sexuel;
  • grossesse ectopique (développement du foetus hors de la cavité utérine) pouvant être causée par une chirurgie antérieure, de l'endométriose (développement de la muqueuse utérine hors de son emplacement habituel), par une infection ou par une anomalie congénitale de la trompe de Fallope.

Infection urinaire:

  • bactéries;
  • soins hygiéniques déficients comme, par exemple, le fait de s'essuyer d'arrière en avant après être allé à la selle;
  • contrairement à la croyance populaire, le " coup de froid " n'est aucunement responsable.

Affections intestinales:

  • gastroentérite. Il s'agit d'une infection d'origine virale ou bactérienne;
  • constipation. Elle peut-être due à la prise d'opiacés (morphine et codéine) ou de certains médicaments, à de mauvaises habitudes alimentaires, telles qu'une alimentation pauvre en fibres alimentaires, ou à une hydratation insuffisante;
  • ulcère gastroduodénal. La prise de certains médicaments comme l'aspirine, les anti-inflammatoires, la cortisone peuvent provoquer un ulcère gastroduodénal;
  • diverticulite. Il s'agit d'une infection de la paroi intestinale pouvant entraîner un abcès;
  • occlusion intestinale. La hernie abdominale ou inguinale (du fait d'une faille dans la paroi abdominale, un segment d'intestin sort de la cavité qui le contient normalement) est une cause fréquente d'occlusion intestinale. Elle peut aussi être congénitale ou acquise (après une chirurgie abdominale par exemple). Les adhérences postopératoires, sorte de cicatrices intra-abdominales, peuvent également causer une occlusion intestinale.

Conseils pratiques

  • Éviter les aliments épicés ou acides
    Les symptômes associés à un ulcère gastroduodénal (brûlures d'estomac) seront ainsi atténués.
  • Avoir une meilleure hygiène alimentaire
    Bien mastiquer les aliments, boire davantage de liquides, du jus de pruneaux par exemple, et manger davantage de fibres, tout cela favorise la régularité des selles et diminue les risques de constipation. Il faut éviter les diètes qui constipent, comme la diète B.R.A.T. (Bananas, Rice, Apple, Toast): bananes, riz, pomme, pain grillé.
  • Ne pas prendre de laxatifs sans ordonnance
    Vous pourriez aggraver votre problème.
  • Aller aux toilettes dès que le besoin se fait sentir
    Suivez votre rythme et cessez de penser qu'il est anormal de ne pas aller à la selle tous les jours.
  • En cas de colique hépatique, suivre une diète liquide
    Tous les liquides sont recommandés, sauf ceux qui contiennent du gras comme, par exemple, le lait.
  • Prendre un antispasmodique
    En vente libre dans pharmacies, les antispasmodiques (comme le Bentylol) peuvent aider à soulager les crampes ou les spasmes intestinaux.
  • En cas de colique hépatique à répétition, surveiller son alimentation et consulter un médecin
    En attendant l'intervention chirurgicale, diminuez votre consommation d'aliments gras et les crises seront moins fréquentes.
  • Si l'on soupconne une appendicite aiguë, consulter un médecin d'urgence
    Le risque de complications graves augmente avec le temps. Une perforation de l'appendice avec péritonite peut même en résulter.
  • En cas de douleurs menstruelles, prendre un analgésique
    Le repos et l'utilisation d'un coussin chauffant appliqué directement sur la région douloureuse apporteront également un certain soulagement.
  • Utiliser un préservatif lors de rapports sexuels
    Il permet d'éviter les infections transmises sexuellement, telles que la salpingite.
  • Boire beaucoup d'eau
    Il arrive parfois, dans les cas d'infection urinaire, que le simple fait de boire beaucoup d'eau permette d'éliminer la bactérie responsable. C'est un phénomène qui se produit seulement lorsque l'infection en est à ses débuts. Cependant, vous devriez toujours consulter un médecin si la douleur persiste ou si votre état se détériore. Une bonne hydratation permet également d'enrayer spontanément et en quelques jours la plupart des infections virales de l'intestin. Éviter l'alcool, le café et le thé.
  • Adopter une meilleure façon de s'essuyer au cabinet de toilettes
    S'essuyer dans un mouvement allant de l'arrière vers l'avant peut induire une autocontamination par des bactéries de l'intestin. Il est recommandé de s'essuyer dans un mouvement plus court, dans le sens inverse, de l'avant vers l'arrière. Lavez-vous toujours les mains après être allé aux toilettes. Une bonne hygiène empêche la prolifération des bactéries.

Quand consulter

  • La douleur persiste depuis plus de six heures.
  • La douleur s'intensifie ou devient constante ou généralisée.
  • La douleur est suffisamment intense pour vous gêner dans vos activités.
  • La douleur s'accompagne de fièvre, de jaunisse ou de douleurs au dos.
  • Vous avez des douleurs du côté droit, sous les côtes, surtout après un repas gras ou copieux - surtout si des calculs ont déjà été diagnostiqués.
  • Vous avez des coliques hépatiques à répétition.
  • Vous avez des vomissements prolongés (pendant plus de 24 heures), vous observez la présence de sang dans vos vomissures ou encore vous avez des vomissements à odeur fécaloïde (selles).
  • Vous constatez la présence de sang dans vos urines ou dans vos selles.
  • Vous êtes enceinte.
  • Vous ne passez plus de gaz ni de selles depuis 24 heures.
  • Vous êtes très déshydraté (peau qui plisse, sécheresse de la muqueuse de la bouche).
  • Vous avez une hernie que vous ne pouvez plus rentrer dans l'abdomen ou qui est douloureuse.

Examen

Le médecin recueillera les informations pertinentes et procédera à un examen physique, pouvant inclure un toucher rectal ou vaginal. Il pourra demander des analyses sanguines et urinaires de même qu'une radiographie de l'abdomen. Une échographie abdominale ou pelvienne peut également s'avérer nécessaire. Chez la femme en âge de procréer, un test de grossesse pourra être demandé, s'il y a lieu.

Traitement

Colique hépatique:

  • Si les coliques hépatiques nécessitent une intervention chirurgicale pour enlever la vésicule biliaire et les calculs qu'elle contient.

Appendicite aiguë:

  • Une intervention chirurgicale sera nécessaire pour enlever l'appendice. Selon le cas, la prise d'antibiotiques peut être associée à l'intervention.

Affections gynécologiques:

  • Douleurs menstruelles. La prescription d'anovulants, la prise d'analgésiques et quelques conseils pratiques peuvent apporter un soulagement.
  • Kyste ovarien. Il se résorbe souvent de lui-même, mais il peut aussi nécessiter une ablation chirurgicale.
  • Salpingite. Elle se traite à l'aide d'antibiotiques .
  • Grossesse ectopique. Elle se traite par l'ablation chirurgicale.

Infection urinaire:

  • L'agent causal oriente le choix du traitement antibiotique, qui peut être intraveineux ou oral.

Affections intestinales:

  • Gastroentérite. Il faudra mettre les intestins au repos en éliminant les aliments solides. Bien s'hydrater et réintroduire progressivement les aliments solides dans l'alimentation.
  • Constipation. Elle sera diminuée grâce à une alimentation riche en fibres et à une bonne hydratation. L'ingestion d'huile minérale, un lavement évacuant ou l'évacuation digitale d'un fécalome (bouchon de selles) peuvent parfois être nécessaires.
  • Ulcère gastroduodénal. Il sera traité par des médicaments antiulcéreux et des antibiotiques, si le médecin soupconne la présence de la bactérie Hélicobacter Pylori. Un régime approprié sera prescrit en association avec les médicaments.
  • Diverticulite. L'intestin devra être mis au repos par un régime strict. Des antibiotiques seront alors administrés par voie intraveineuse ou orale selon la gravité de l'infection. Une diète liquide, puis faible en résidus, sera requise pour une période d'environ trois à quatre semaines. Des antibiotiques par voie orale pendant 7 à 14 jours seront prescrits. Une diverticulite récidivante nécessite une intervention chirurgicale.
  • Occlusion intestinale. Le médecin pourra introduire par le nez un tube allant jusque dans l'estomac afin de vidanger l'intestin et l'estomac. Si l'occlusion persiste, une chirurgie devient nécessaire.
  • Occlusion intestinale persistante, perforation de l'intestin due à une complication d'une occlusion intestinale. L'occlusion intestinale persistante et les perforations de l'intestin doivent être traitées par une intervention chirurgicale.

Source

  • Auteur : Dr Patrick Trudeau, Chirurgien général, Hôpital du Haut-Richelieu, Saint-Jean-sur-Richelieu
  • Source : Guide familial des symptômes sous la direction du Dr André H. Dandavino - Copyright Rogers Media, 2005

  • Dernière modification le 19-10-2015